ISSN: 1537-6370 (print) • ISSN: 1558-5271 (online) • 3 issues per year
Published Open Access as part of the Berghahn Open Society collection.
Some intellectuals deserve scholarly attention as emblems or models. They
represent something larger than themselves—a trend, an ideology, a school,
an institution. Others, in contrast, stand out in their singularity of thought or
method. They warrant equal consideration, but not necessarily for the broader
developments they exemplify. Acclaimed as he is, Alain Corbin belongs in
this second category. A scholar whose oeuvre springs from an intensely personal
curiosity, Corbin is arguably the most idiosyncratic historian in France
today. Over four decades, he has charted a course that is entirely his own.
While awarding him the 2000 Grand prix Gobert, the Académie française
aptly extolled a work that “boldly extends the limits of historical method.” Il est de nombreuses façons d’envisager l’oeuvre d’Alain Corbin dans le paysage
historique contemporain. On peut partir des divers objets élaborés par l’historien
jusqu’ici (les sociétés et les comportements ruraux, l’histoire des sens et
des appréciations, le paysage, etc.) et montrer l’étonnante capacité d’invention
ou de renouvellement dont il fit preuve dans leur mise en forme. Souvent
privilégiée, cette approche est évidemment pertinente, mais elle peine parfois
à se dégager du simple panégyrique. On peut, de façon plus synthétique, insister
sur la cohérence du projet d’ensemble (l’histoire des sensibilités), le penser
dans le temps long de l’historiographie et l’inscrire dans une série de filiations
(la psychologie historique de Lucien Febvre, l’histoire des mentalités façon
Robert Mandrou, l’ombre portée de Michelet et du projet romantique de réanimation
du passé), elles-mêmes infléchies par l’apport de sociologues comme
Norbert Élias ou de philosophes comme Michel Foucault. À l’origine de ces quelques éléments de réflexion sur les lectures américaines
d’Alain Corbin, il y a le souci de percer une énigme et, plus encore, de comprendre
un malentendu: ces deux objectifs offrent une belle occasion de saisir
les modes sur lesquels sont appropriés les travaux des historiens français et, audelà,
d’éclairer certains points nodaux de l’oeuvre de Corbin. La réception
américaine sera donc surtout ici prétexte à une entrée un peu décalée dans
l’imposant massif corbinien. De la vaste table ovale des Archives départementales de Caen (Calvados) où
Alain Corbin, étudiant—« le beau ténébreux », disait-on alors—préparait, à la
fin des années cinquante, son diplôme d’études supérieures1 à ce dossier qui lui
est consacré, presque un demi-siècle s’est écoulé: le temps d’une vie, le temps
d’une oeuvre particulièrement originale qui a introduit, dans la pratique de
l’histoire contemporaine, des ruptures et des novations libératrices; une autre
manière de voir et de sentir; un autre imaginaire.
J’en ai été le témoin ébloui et, à maintes reprises Qui n’aurait de l’oeuvre d’Alain Corbin qu’une connaissance superficielle pourrait
soutenir que l’étude de la politique n’y trouve guère sa place. L’historien ne
s’est-il pas d’abord tourné vers l’examen attentif des structures profondes, du
mental qui organise la vie de tous les jours, commande ses dérives, gouverne
les sentiments et les passions qui s’y déploient? Quoi de plus contraire donc à
la politique telle que ses représentations les plus communes nous la donnent
aujourd’hui à voir: une activité rationnelle, où la cognition semble l’emporter
sur l’émotion, lieu de la résolution technique des problèmes quotidiens, espace
d’affrontements idéologiques? On pourra sans mal juger naïve cette imagerie.
Elle n’en est pas moins courante. Et ce n’est rien dire qu’Alain Corbin n’y cède
point! Traite-t-il pour autant la politique avec désinvolture? C’est le contraire
que je souhaiterais mettre en évidence. Il y a d’ailleurs belle lurette que les
lecteurs les plus attentifs de Corbin savent de quoi il retourne: il arriva même
à un recenseur des Filles de noce1 de présenter l’ouvrage comme le plus grand
livre d’histoire politique de l’année2. Alain Corbin is a historian of astonishing range.1 Two of his works, The Life of
an Unknown and The Village of Cannibals, exemplify the breadth of his historical
vision. The latter reconstructs a murder that takes place in the village of
Hautefaye in 1870, while the former recovers the lost world of a forgotten man
who, as it happens, died within a few years of that event. The Village is thus a
study of what Corbin calls, in the preface to The Life, “a fortuitous event” that
casts “a brief and lurid light on the myriads of the disappeared.” But such
events were, as Corbin reminds us, “exceptional, products of a paroxysm offering
momentary access to an underlying reality without telling us much about
the torpor of ordinary existences.” The torpor of ordinary existences: the phrase
is striking, and it is not only an apt description of the life of Louis-François
Pinagot but also an important clue to what Corbin believed was missing from
the reigning schools of French historiography. L’historiographie pratiquée par Alain Corbin implique, comme condition de
possibilité, l’existence d’une archive d’observations « sociologiques » contemporaines
des modes de vie que l’historien évoque, à son tour, dans une perspective
épistémologique et idéologique propre à la fin du vingtième siècle. Il
faut qu’un discours de type (pré) ethnographique, sociologique, géographique,
hygiénique, médical, etc., soit constitué dès le dix-huitième et le dix-neuvième
siècle pour que Corbin ait la possibilité de pratiquer aujourd’hui ce qu’il
appelle selon les contextes une « histoire culturelle » , une « histoire des mentalités
» ou bien une « psychohistoire » , etc. Parti « sur les traces d’un inconnu » au dix-neuvième siècle, Le Monde retrouvé
de Louis-François Pinagot marque, non pas un tournant, mais une étape significative
dans l’oeuvre d’Alain Corbin. Ce livre détonne dans l’historiographie
contemporaine, interpellant ses lecteurs dans sa conception et dans sa
rhétorique. Il le fait dès ses premières pages, surtout dans ses premières pages: un
« prélude » singulier, mélange de voix, de genres, de caractères typographiques
qui appréhende Louis-François Pinagot, l’énigmatique sabotier percheron,
dans sa présence et dans son absence. « Louis-François Pinagot a existé », lance
Corbin en ouverture, avant de présenter l’ouvrage, un peu plus loin, comme
une « méditation sur la disparition1 ». Vous admettrez aisément que je n’ai pas manqué d’éprouver, au cours de ces
deux journées, un sentiment mêlé de surprise et d’étrangeté. Étant loin d’estimer
mon travail digne d’une telle attention, je suis très touché du regard
porté sur lui par l’ensemble des participants à cette réunion. Cela dit, Priscilla
Ferguson nous a proposé une explication de l’intérêt paradoxal suscité par
mes travaux: la Frenchness de mes French Stories ferait que mes livres plaisent
aux lecteurs anglo-saxons, ou les agacent. Since the relationship between France and the United States is going through a difficult period, we must find opportunities to talk things over. It is true that it is not always easy to broach the subject of this relationship between the US and France in a balanced and reasonable way. We idealize its past and blacken its present. Tony Chafer and Amanda Sackur, eds., Promoting the Colonial Idea: Propaganda and Visions of Empire in France (New York: Palgrave, 2002). Pascal Blanchard and Sandrine Lemaire, Culture Coloniale: La France conquise par son Empire, 1871-1931 (Paris: Autrement, 2003). Claude Liauzu and Josette Liauzu, Quand on chantait les colonies (Paris: Syllepse, 2002). Patricia Morton, Hybrid Modernities: Architecture and Representation at the 1931 Colonial Exposition, Paris (Cambridge, Mass.: MIT Press, 2000). Laura Downs
Simone Weil
by Francine du Plessix Gray Stéphane Tonnelat
The Glass State, The Technology of the Spectacle, Paris, 1981-1998
by Annette Fierro Joan Scott
Fausse Route
by Elisabeth Badinter Notes on contributorsVolume 22 Issue 2